Apres avoir passe 3 jours un peu moroses d'attente et de formalites
aministratives en tous genre pour regulariser notre situation (c'est fou ce
qu'ils ont besoin de signatues et de tampons a la con pour se debarasser de
nous...), nous avons fini par payer une amende de 150 $ qui etait en fait due
par notre hote, Rafael. Nous avons donc fait deux bonnes heures de queue devant
un minuscule guichet autour duquel grouillait une foule de grands habitues des
files d'attente... Ah on sent bien que le regime sovietique les a bien formates
pour jouer des coudes comme il faut dans de telles situations! Nous, comme n
n'avait pas vraiment le courage de se battre pour aller engraisser au plus vite
un etat policier, on a patiemment attendu que tous les plus forts nous soient
passes devant pour aller remettre nos kilos de sums a la guichetiere exedee. Il
faut savoir qu'un dollard = 2300 sums et que le plus gros billet ouzbeque est
de 1000 sums ( soit moins de 50 centimes de dollard). Quand on paye une amende
de 370 000 sums, on a au moins 370 billets en main qu'il faut compter et
recompter pour s'assurer que le compte est juste...
Mardi, nous avons pu recuperer nos visas kyrgyzes qui, comme nous l'avions
demande sont valides pour un mois a compter du 8 avril (date legale
d'expiration de nos visas ouzbeques).
Mercredi, nous avons retrouve par hasard des amis francais dans un cyber
cafe: Caroline et Benjamin (qui vont en tandem au nepal) et Sylvain (qui fait
un tour du monde a pieds). Alors que nous nous decidions a aller boire quelques
bieres ensemble, le flic charge de notre situation nous appelle pour nous dire
que tous les documents sont enfin prets, qu'il affrete un taxi et que nous
partons pour le poste frontiere kyrgyze le soir meme a minuit.
- Allez, qui veut une biere?
Sur ce, Tristan, un prof francais expatrie nous appelle a son tour pour
prendre de nos nouvelles (car notre aventure a tout de meme fait jazzer tous
les francophnes de tashkent et on a recu plusieurs messages de soutien, ce qui
etait tout particulierement binevenu!) Il nous demande si nous sommes un peu au
courant de ce qui se passe au kyrgyzstan... Il nous dit que l'etat de crise a
ete declare suite a la prise d'un batiment officiel par des manifestants a
Talas (au nord ouest du pays) et par l'assassinat suppose du chef de la police
a Osh (justement la ou nous sommes sences passer la frontiere). Il ajoute qu'on
compte deja les morts par dizaines et que, comble de malchance en ce qui nous
concerne, les frontieres seront tres probablement fermees au plus vite. Je lui
reponds que de toutes facons, nos visas ouzbeques expirent le lendemain et
qu'il faut absolument que nous passions la frontiere sinon... - Ah ah ah, mais
ca rend la situation encore plus interessante! decidement, vous me faites bien
marrer, replique Tristan, se faire expulser vers un pays en pleine revolution
le jour de l'expiration de votre visa... ah ah ah! Tenez moi au courant, j'ai
hate de connaitre la suite!
- Bon, bah, qui reprend une biere?
A minuit, nous avons donc retrouve notre gentil Rustam (le flic charge de
nous raccompagner a la frontiere qui aurait visiblement refere rester au pres
de sa petite femme ce soir la mais quand on a choisi d'etre flic, il faut bien
assumer...). Nous faisons nos adieux a Rafael qui aura aura ete super du debut
a la fin dans cette histoire, nous ne le remercierons jamais assez... et nous
sautons dans un taxi que nous partageons avec une grosse dame pleine de dents
en or (comme la majorite des habitants des pays en stan d'ailleurs mais ceci
n'est pas notre sujet...)
Le taxi file a toute berzingue sur les routes defoncees de la Fergana
Valley. Une brume epaisse reduit considerablement la visibilite ce qui
n'empeche pas notre chauffeur de mettre le pied au plancher. Malgre les
quelques bieres que j'ai dans le sang, je ne ferme pas l'oeil de la nuit,
serrant les fesses a chaque ecart pour eviter un nid de poule et me cachant les
yeux a chaque coup de frein destine a eviter un camion qui arrive a contre
sens.
Heureusement, a 8 heures, nous arrivons saints et daufs au poste frontiere.
Alleluhia, il est encore ouvert! Apres nous avoir demande nos adresses mail et
nous avoir remis son numero de telephone en nous faisant promettre que nous
l'appellerons quand nous reviendrons en ouzbekistan, Rustam orne nos passeports
d'un beau tampon disant: " j'ai enfreint la loi ouzbeque" et apres quelques
dernieres formalites (quand y'en a plus y'en a encore...), nous sortons enfin
d'ouzbekistan en esperant de toutes nos forces pouvoir rentrer au kyrgyzstan...
Nous traversons a pied l'espece de no-man's land entre les deux postes
frontiere et nous tombons sur un gros nounours-sumo-kyrgyze avec une belle
kalashnikov qui, apres s'etre interesse de tres pres au ukulele, nous regarde
dans les yeux et nous dit:
- Revolutsia!
On fait mine de ne pas etre tres au courant... - Ah bon, revolutsia?
- president, kaput.
Comment ca president, kaput? Putain, mais on va debarquer en pleine guerre
civile la...
Le gros militaire regarde ses pieds en hochant la tete. Il lache un soupir
puis nous fait signe d'y aller. Ca y est, on est passe, on quitte l'enfer
administratif ouzbeque pour se retrouver dans un kyrgyzstan en liesse... Nous
sautons dans un taxi qui nous amene a Osh. Nous mettons un certain temps a
trouver la guest house la moins chere indiquee dans le lonely planete ou nous
tombons enfin sur quelqu'un qui parle anglais et qui nous eclaire un peu quant
a la situation politique actuelle.
Je pense que vous en savez autant que nous sur le sujet... en gros, les gens
n'en peuvent plus de l'augmentation du cout de la vie et de la corruption qui
regne dans tout le pays. L'opposition a donc organise des manifestations qui
ont degenere (plusieurs batiments officiels ont brule, certains politiques se
sont fait lynches dans la rue, les civils ont pris les armes pour se battre
contre l'armee et la police a Bishkek, la capitale.) Le president a pris la
fuite. on sait maintenant qu'il est a Jalal abad, a 100 km au nord d'Osh. Le
premier ministre a demissione et c'est une ancienne ministre des affaires
etrangeres (Rosa Otounbaïeva) qui est devenue presidente interim en attendant
des elections qui devraient avoir lieu cet ete. Tout est alle hyper vite... une
revolution torchee en quelques heures si le president ne refait pas surface de
facon violente dans les heures qui arrivent. En effet, le seul risque apparent
maintenant, c'est que Bakiev revienne avec les armes, ce qui pourrait
declencher une guerre civile.
Nous pouvons dire que nous avons eu une sacree chance dans notre malchance
puisque les frontieres terrestres avec l'ouzbekistan et le kazakstan ont ete
fermees une heure apres notre passage. Visiblement, l'aeroport aussi est
toujours ferme. Je pense que si la situation se calme aujourd'hui, marie
armelle devrait pouvoir arriver le 11 comme prevu mais pour l'instant, rien
n'est sur...
J'aurais voulu vous mettre quelques photos mais malheureusement il n'y a
aucun port usb qui fonctionne dans ce cyber...
Younn est en train de faire une bd pour raconter nos aventures. On la mettra
en ligne des que possible.