
Cette aventure la commence a bord de l´Aquidaban, a Concepcion de Paraguay,
en compagnie de notre nouveau compagnon de route: Carl Wilson de
Nottingham.
British jusqu´au bout des ongles, qu´il a d´ailleurs aussi propres que bien
tailles, Carl nous confie des notre premiere rencontre etre un "confort
traveller". Il nous faudra peu de temps pour nous apercevoir qu´il est
egalement un delicieux gentleman qui demande pardon quand il s´absente 5
minutes pour aller aux toilettes et qui est toujours pret a partager ses
biscuits quand vient l´heure du the.



Dans la minuscule cabine que nous partageons durant nos trois jours de
traversee (3 jours pour parcourir 700 km... on est bien loin du pays du TGV!),
notre eternel bordel de francais un peu boheme que nous sommes cotoie donc son
impeccable sac dans lequel ses affaires meme pas trouees sont triees par ordre
de necessite... Outre notre petit bordel personnel, a bord de l´Aquidaban, on
trouve aussi des caisses de bananes, de coca cola, des cochons enfermes dans
des sacs, des velos, des motos, des matelas, des bidons d´essence et autres
produits de premiere necessite que les "marineros" chargent de dechargent dans
chaque petit port ou nous faisons escale. Ceux qui n´ont pas la chance d´avoir
une cabine sont couches dans des hamacs ou a meme le sol. Hebetes par la
chaleur, ils regardent passer les paysages de jungle verdoyante qui bordent le
Rio Paraguay que nous remontons doucement a contre courant.

Enfin debarques dans la tres reculee Bahia Negra, nous nous mettons en quete
d´un moyen de transport pour rejoindre la Bolivie. Apres quelques nuits sous la
tente, sous une chaleur a la limite du supportable et litteralement devores par
des hordes de moustiques voraces et cruels, nous optons pour une solution qui,
au premier abord, nous semblait un peu couteuse mais qui, apres quelques
recherches et espoirs infructueux, s´est tout simplement revelee etre la seule
possible. Avec Carl, encore et toujours, nous avons donc embarque sur la
"lancha" (petite barque a moteur) de Don Aliche, un papi fute aux petits yeux
rieurs qui se proposait de nous emmener jusqu´a Puerto Buz, que nous pensions
etre un village bolivien a seulement quelques kilometres un peu plus au nord.
Persuades que nous allions trouver par nous meme un moyen de rejoindre une gare
de bus ou de trains, nous avions refuse l´offre de Don Aliche qui consistait a
organiser une rencontre avec un ami a lui qui serait venu nous chercher en 4X4
pour un tarif exorbitant.

Seulement, en fait de village, Puerto Buz n´est qu´une minuscule base navale
a moitie achevee et occupee par 8 jeunes bidasses envoyes la, au milieu du
"damned Chaco´s hell", comme l´appelle desormais Carl, pour endurer 4 mois de
service militaire. La seule et unique piste qui passe par la, une grande route
toute droite, partiellement inondee en cette fin de saison des pluies, qui d´un
cote se jette dans le rio et de l´autre file a perte de vue dans les marecages,
ne sert donc qu´une fois tous les 4 mois... quand la releve arrive...
Il n´y a rien, mis a part des moustiques (qui decidement auront mis nos
nerfs a tres rude epreuve ces derniers jours...), des caimans et des jaguars a
plus de 100 kilometres a la ronde. Je n´ai jamais vu de toute ma miserable
existence de plus absurde spot de stop que celui la!
Dans un eclair de lucidite, nous demandons tout de meme a Don Aliche qui,
tres content de lui est pret a repartir chez lui, d´appeler son copain des que
possible pour lui dire de venir nous chercher la au plus vite, en esperant que
nous aurons survecu d´ici son arrivee. Il est trois heures de l´apres midi,
nous sommes seuls au milieu du Chaco, assaillis par des nuages vrombissants et
avec pour seul moyen de subsistance: quelques sachets de the, des biscuits, une
bouteille d´eau et quelques bananes ecrasees au fond d´un sac plastique.
Notre "confort traveller" ne se laisse pas abattre pour autant et dirige en
main de maitre l´indispensable "operation the" du moment: Nous ramassons assez
de bois pour faire du feu en continu pendant 3 jours, nous filtrons l´eau de la
riviere et construisons un ingenieux tripod pour faire bouillir notre eau dans
une pauvre canette en ferraille completement deglinguee. Les heures passent, la
nuit arrive et nous commencons a perdre tout espoir de voir arriver Javier,
notre improbable sauveur.
Vers 7 heures cependant, deux militaires en uniforme viennent nous chercher
pour nous proposer de planter notre tente sur le toit de leur base ou, la au
moins, il n´y aura pas d´attaques d´animaux sauvages. On nous offre meme un peu
de riz sec et de poulet frit avant de nous laisser entendre que naturellement,
on nous fera payer un droit d´entree dans la base... Heureusement, notre cher
et desormais indispensable Carly de Nottingham, qui non seulement parle un
espagnol courant mais qui est en plus dote d´un sens inoui de la diplomatie,
parvient a nous sortir de ce mauvais pas en arguant (ce qui n´est pas
totalement faux) que nous n´avons plus un rond. Ah ces rosebeefs... Ils sont
trop forts! Ce n´est pas etonnant qu´ils aient reussi a conquerir la moitie du
monde...
Ceci dit, ce n´est pas pour autant que nous passons une nuit reparatrice,
loin de la!! Nous nous serrons tous les trois dans notre tente, un peu flippes
a l´idee que les bidasses puissent venir nous cambrioler, baignes dans une
atmosphere chargee de sueur et de piqures de moustiques et reveilles a l´aube
par les premiers rayons d´un soleil torride. Au petit matin, nous nous
remettons a attendre dans un espoir un peu fou l´arrivee de Javier qui,
Alleluhia!! finit par pointer le bout de son capot sur les coups de 10
heures.Il vient avec des sodas et des bieres fraiches dans une glaciaire, son
fusil dans le coffre, son couteau a la ceinture et sa clope au bec, au volant
de son rutilant 4X4. Trop heureux de quitter enfin cet endroit maudit, nous
sautons a son bord dans une liesse indescriptible.
Les trois heures de piste qui suivent sont un veritable regal. Javier
connait la region comme sa poche, il a l´oeil et nous avons droit a un safari
de toute premiere classe. Nous avons vu une mere jaguar avec ses petits, des
caimans, un anaconda, des dizaines d´autruches qui couraient sur le bord de la
piste, des daims dans les hautes herbes et des myriades d´oiseaux
extraordinaires. En quelques heures, le Chaco nous a rendu notre sourire, lui
qui nous avait presque tout pris, il s´est alors montre sous son jour le plus
genereux. (Mais c´est dommage pour vous, la connexion etant des plus
miserables, il n´y aura pas de photos pour illustrer ce propos...)
Seulement, l´aventure n´etait pas finie. Arrives a Puerto Suarez, nous avons
eu droit a deux fouilles integrales et musclees par des militaires completement
cretins, persuades que nos micropurs etaient des pastilles d´extasy. Puis,
apres une courte nuit dans un hotel crasseux, nous avons pris un train pour
Santa Cruz ou nous sommes arrives 24 heures plus tard. Il faisait chaud et
fatigue, je commencais a avoir tres mal a la gorge et, plutot que de se poser
la pour recuperer un peu, nous avons saute dans un mini bus pour Samaipata, un
petit village un peu en altitude 100 bornes plus loin ou nous allions chercher
un peu de fraicheur. A l´arrivee, je ne pouvais plus parler. Mes amygdales
avaient triple de volume et s´etaient tachetees de points blancs degueulasses.
J´ai passe la pire nuit de tout le voyage...
Le lendemain, nous nous sommes rendus dans la seule pharmacie du village, ou
Younn a failli en venir aux mains avec le pharmacien qui lui reprochait de
discuter sa prescription alors que quand meme il etait docteur et qui par
consequent refusait de lui vendre les antibiotiques dont j´avais besoin pendant
que je pleurais lamentablement dans un coin de la boutique. Apres ce passage,
un peu pathetique je dois l´avouer, j´ai tout de meme fini par commencer a me
soigner et aujourd´hui, apres avoir dormi une journee et demie d´affilee, eh
bien ca va beaucoup mieux. Bon, je ne suis tout de meme pas d´attaque pour un
petit trip dans le "damned chaco´s hell", cela va sans dire, mais disons que
bon, une petite ballade aux alentours de Samipata, ca peut etre
qu´eventuellement, je peux le faire...

